Une question d'éthique
L'arrivée de l'intelligence artificielle dans le domaine du bien-être soulève également des questions importantes :
- À qui confions-nous nos émotions ?
- Que deviennent les données personnelles que nous partageons avec certaines applications ?
- Sommes-nous toujours informés de leur utilisation ?
Avant de raconter une expérience intime à un outil numérique, il est utile de prendre quelques minutes pour consulter sa politique de confidentialité et comprendre quelles informations sont collectées.
Prendre soin de son bien-être, c'est aussi prendre soin de son intimité.
Une expérience à essayer
Pendant une semaine, utilisez une application de bien-être uniquement comme un déclencheur. Laissez-la vous proposer un exercice de respiration, une question ou une pratique de gratitude.
Puis éloignez votre téléphone.
Prenez une feuille de papier. Dessinez, écrivez ou créez librement pendant quelques minutes à partir de ce que cet exercice a fait naître en vous.
Observez la différence.
L'application vous aura peut-être donné l'impulsion. Mais c'est votre propre créativité qui aura poursuivi le chemin.
Ce que cette étude ne dit pas
Cette recherche ne démontre pas que l'intelligence artificielle peut remplacer un psychologue, un art-thérapeute ou toute autre forme d'accompagnement humain. Elle montre qu'un outil numérique bien conçu peut favoriser certaines habitudes bénéfiques et soutenir le bien-être dans un contexte précis.
Les résultats restent encourageants, mais concernent une population spécifique et devront être confirmés par d'autres études.
Comme souvent en recherche, une étude ouvre une réflexion ; elle ne clôt pas le débat.
Le regard de quelques chercheurs français sur le bien-être par l'intelligence artificielle
L'intelligence artificielle suscite aujourd'hui
de nombreuses recherches en France, notamment sur ses effets dans les domaines de la santé, de l'éducation et de la relation humaine.
Le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) rappelle que les outils d'intelligence artificielle peuvent enrichir les pratiques de soin, mais qu'ils ne doivent jamais faire oublier l'importance de la relation entre le professionnel et la personne accompagnée. L'éthique ne consiste pas seulement à développer des outils performants, mais à préserver la place de l'humain dans les décisions et dans l'accompagnement.
Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik rappelle depuis de nombreuses années que la résilience ne naît pas d'une force intérieure isolée, mais de la qualité des liens que nous tissons avec les autres. Selon lui, nous nous reconstruisons grâce à ce qu'il nomme les « tuteurs de résilience » : ces personnes qui savent accueillir notre parole, reconnaître notre souffrance sans la minimiser et nous offrir un espace suffisamment sécurisant pour reprendre confiance.
Les outils numériques peuvent, dans certaines situations, soutenir cette démarche. Ils peuvent encourager une pratique régulière, proposer des exercices adaptés ou aider à prendre conscience de ses émotions. Mais ils ne remplacent ni l'attachement, ni la confiance, ni la sécurité affective qui se construisent dans une véritable relation.
Une intelligence artificielle peut reformuler nos propos avec beaucoup de justesse. Elle peut même donner l'impression de comprendre ce que nous vivons. Pourtant, elle ne partage ni notre vulnérabilité, ni notre histoire, ni notre humanité. Elle ne ressent pas l'émotion qui traverse un silence, un regard ou une hésitation.
C'est précisément cette rencontre entre deux êtres humains qui, selon Boris Cyrulnik, favorise les processus de résilience. La qualité de la présence, l'écoute authentique et la capacité à ajuster son accompagnement à une personne unique demeurent des dimensions profondément humaines, qu'aucun algorithme ne peut reproduire.
L'éclairage de Stanislas Dehaene
Le neuroscientifique Stanislas Dehaene, spécialiste des mécanismes de l'apprentissage, rappelle que les systèmes d'intelligence artificielle sont capables d'apprendre à partir de quantités considérables de données et de reconnaître des régularités que l'œil humain ne pourrait parfois pas détecter. Cette puissance de calcul leur permet de produire des réponses souvent pertinentes, voire étonnantes.
Mais cet apprentissage est d'une nature très différente de celui du cerveau humain. Nous apprenons en expérimentant le monde, en interagissant avec les autres, en mobilisant nos émotions, notre corps, notre mémoire et notre histoire personnelle. Nos connaissances sont profondément liées à ce que nous avons vécu.
Une intelligence artificielle, en revanche, ne possède ni conscience, ni intention, ni expérience subjective. Elle ne ressent ni la joie, ni la peur, ni le doute. Elle ne sait pas ce qu'est attendre un enfant, perdre un proche, être rassuré par une présence ou retrouver confiance après une épreuve.
Elle traite des informations, identifie des probabilités et génère une réponse à partir de modèles appris. Elle ne vit pas l'expérience humaine.
Cette distinction est essentielle lorsque l'on parle de bien-être ou d'accompagnement. Une réponse peut être pertinente sur le plan du contenu sans pour autant être portée par une compréhension vécue de ce que traverse la personne.
C'est précisément cette expérience humaine, faite d'émotions, de relations et de sens, qui demeure au cœur des pratiques d'accompagnement comme l'art-thérapie.
Les approches de Boris Cyrulnik et de Stanislas Dehaene convergent vers une même idée : les outils numériques peuvent devenir de précieux auxiliaires, mais ils prennent tout leur sens lorsqu'ils viennent compléter, et non remplacer, l'intelligence relationnelle.
Le regard de l'art-thérapeute
Les outils évoluent. Les pratiques aussi.
Il serait dommage de rejeter l'intelligence artificielle par principe, tout comme il serait imprudent de lui attribuer des capacités qu'elle ne possède pas.
Chaque innovation nous invite à nous poser une question essentielle : qu'est-ce qui, dans l'accompagnement, relève de la technique… et qu'est-ce qui relève profondément de la relation humaine ?
En art-thérapie, les consignes comptent. Les médiations artistiques aussi. Mais ce qui transforme souvent une personne, c'est de se sentir véritablement accueillie, écoutée et comprise. Cette qualité de présence ne s'automatise pas. Elle se construit dans la rencontre.
Les nouvelles applications donnent parfois l'impression d'être bienveillantes, attentives ou même empathiques. Elles utilisent un langage de plus en plus naturel, reformulent nos propos et semblent comprendre ce que nous vivons. Cette évolution est fascinante… mais elle mérite aussi notre vigilance.
Derrière cette conversation fluide, il n'y a ni conscience, ni émotions, ni intention. Il n'y a pas une personne qui nous écoute, mais un système informatique qui analyse des données et génère une réponse à partir de modèles statistiques.
Cela ne retire rien à l'intérêt de ces outils. Ils peuvent nous aider à instaurer de bonnes habitudes, nous suggérer des exercices ou nous accompagner dans certaines démarches de bien-être. Mais il est important de ne pas confondre l'impression d'être compris avec l'expérience d'une véritable relation humaine.
En art-thérapie, comme dans toute relation d'accompagnement, la qualité de la présence, le regard porté sur l'autre, la capacité à accueillir l'imprévu et à percevoir ce qui ne se dit pas restent profondément humains.
Créer une image, écrire un texte ou modeler une forme ne consiste pas seulement à produire un résultat. C'est laisser une trace d'une expérience vécue. Or, une expérience ne se calcule pas : elle se ressent. C'est toute la différence entre une intelligence qui traite des données et un être humain qui donne du sens à ce qu'il vit.
Et c'est probablement là que réside encore l'une des plus belles forces de l'accompagnement.
Notre approche chez Coaching Art-Thérapie®
Les outils numériques, y compris l'intelligence artificielle, peuvent aujourd'hui proposer des exercices de respiration, des pratiques de gratitude ou des idées d'activités créatives. Ils constituent des ressources intéressantes pour soutenir une démarche de bien-être.
Chez Coaching Art-Thérapie®, notre démarche est différente.
Nos programmes n'ont pas été générés par une intelligence artificielle. Ils sont le fruit de plus de longues années de pratique de l'art-thérapie, de l'accompagnement et de la formation. Chaque exercice, chaque progression pédagogique et chaque proposition créative ont été conçus à partir de situations rencontrées sur le terrain, puis enrichis au fil des années grâce aux retours des personnes accompagnées.
Nous utilisons les connaissances issues de la psychologie, des neurosciences et de la recherche pour faire évoluer nos pratiques. Mais ce qui guide la construction de nos programmes reste avant tout l'expérience humaine, l'observation clinique et la conviction que chaque personne avance à son propre rythme.
L'intelligence artificielle peut suggérer une activité.
L'expérience d'un professionnel permet de construire un parcours cohérent, de comprendre ce qui se joue derrière une difficulté et d'adapter un accompagnement à la singularité de chacun.
À lire aussi...
Sources :
Ajouter un commentaire