Ce que confirme une revue systématique récente
Une revue systématique publiée en septembre 2026 dans BMJ Public Health aide à replacer cette étude dans un ensemble plus large. Les auteurs ont examiné 17 études consacrées aux vidéos courtes, à la cognition et à la santé mentale chez les jeunes adultes de 18 à 29 ans.
Les résultats disponibles associent les usages les plus lourds à une attention plus fragmentée, à certains marqueurs d’un contrôle exécutif moins efficace et à davantage de difficultés de régulation émotionnelle. Les usages problématiques ou compulsifs sont également associés à des symptômes anxieux et dépressifs. Mais les études sont hétérogènes, souvent transversales et fréquemment fondées sur des autoévaluations.
La revue souligne surtout une possible bidirectionnalité : certaines vulnérabilités préexistantes peuvent favoriser l’usage répétitif, tandis que certains usages peuvent à leur tour accentuer des difficultés. C’est une conclusion moins spectaculaire que « TikTok détruit le cerveau », mais elle est beaucoup plus utile. Elle déplace la question du seul nombre de minutes vers la fonction du comportement.
Pourquoi l’avenir incertain se prête si bien au scroll
Penser à l’avenir exige un effort particulier. L’avenir n’est pas encore là : notre esprit doit le construire avec des informations incomplètes. Lorsque l’incertitude augmente, il peut multiplier les scénarios, chercher des garanties impossibles ou revenir sans cesse à la même question.
La vidéo courte offre alors une forme de fermeture provisoire. Pendant quelques secondes, notre attention possède un objet clair. Une scène commence, produit une émotion et se termine. Avant que l’inquiétude ne reprenne sa place, une nouvelle scène arrive.
C’est ici que se loge le paradoxe. La distraction n’est pas mauvaise en soi. Elle peut même être une stratégie légitime lorsque l’émotion est trop forte ou lorsqu’aucune action immédiate n’est possible. Regarder quelques vidéos amusantes après une journée éprouvante peut réellement faire du bien.
Le problème apparaît lorsque la pause ne comporte plus de sortie. Le soulagement est bref, mais il suffit à renforcer le geste : je me sens inquiet, je scrolle, l’inquiétude recule, puis elle revient. Ce que nous cherchons n’est plus tellement le contenu suivant que le maintien de cette petite distance avec nous-mêmes.
Tous les scrolls ne se ressemblent pas
Le temps passé ne raconte qu’une partie de l’histoire. Pour comprendre un usage, cinq questions sont souvent plus éclairantes :
- Qu’est-ce qui s’est passé juste avant que j’ouvre l’application ?
- Ai-je choisi un contenu ou ai-je simplement suivi le flux proposé ?
- Est-ce que je ressens encore du plaisir, de la curiosité ou du lien pendant que je regarde ?
- Puis-je m’arrêter à peu près au moment où je le décide ?
- Dans quel état suis-je après : reposé, inspiré, agité, vide, honteux ou encore plus inquiet ?
Ces questions ne servent pas à fabriquer une nouvelle occasion de culpabiliser. Elles permettent de distinguer un loisir choisi d’un automatisme qui commence à décider à notre place.
De l’attention capturée à l’attention engagée
Le lien avec l’art-thérapie ne consiste pas à opposer un mauvais écran à un bon crayon. Une vidéo peut nourrir, informer ou émouvoir. Une activité créative peut également être utilisée pour s’étourdir. Ce qui change, c’est souvent la qualité de l’engagement.
Dans un flux de vidéos, l’attention est continuellement relancée de l’extérieur. Dans une création, même très simple, la personne doit effectuer des choix : prendre une couleur, appuyer ou effleurer, remplir une zone, laisser un vide, continuer ou s’arrêter. Elle ne reçoit plus seulement une succession de formes ; elle en produit une.
Cette différence est importante parce que la création laisse une trace. Une inquiétude floue peut devenir une ligne, une masse, une distance entre deux éléments. La production ne donne pas forcément une solution, mais elle transforme une sensation sans contours en quelque chose que l’on peut regarder, déplacer et parfois raconter.
Les travaux sur la régulation émotionnelle par la création restent hétérogènes. Une synthèse narrative a montré que les activités artistiques pouvaient soutenir une amélioration ponctuelle de l’humeur, notamment par la distraction, tandis que d’autres démarches invitent davantage à approcher, symboliser ou comprendre une émotion. Une étude récente sur l’échelle SERAMS rappelle aussi que l’expression de soi et la régulation émotionnelle sont deux dimensions centrales de l’expérience de création, sans démontrer à elle seule un effet thérapeutique.
L’idée utile n’est donc pas : « remplacez votre téléphone par un dessin et tout ira bien ». Elle est plus subtile : lorsque nous sentons que nous utilisons un flux pour ne pas rencontrer une pensée, une activité créative peut offrir une autre manière de tenir cette rencontre, à une intensité supportable.
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